L’année 1934 marque un tournant majeur dans l’histoire religieuse et culturelle des Ngumba du Sud-Cameroun.
Après plusieurs décennies de tensions avec la Mission Presbytérienne Américaine (MPA), les communautés ngumba décident de rompre définitivement avec les missionnaires américains. À l’origine du conflit : le refus persistant de la mission d’intégrer pleinement la langue ngumba dans les écoles, les cultes et les textes religieux.
Pour les leaders locaux, cette domination linguistique représente une forme de dépossession culturelle.
Dès novembre 1933, des conférences organisées à Bibia et Elat réunissent des fidèles qui réclament officiellement la suppression du bulu dans les écoles situées en pays ngumba. Les missionnaires refusent à nouveau.
La rupture devient alors inévitable.
En février 1934, les populations ngumba cessent toute collaboration avec la mission américaine. Elles revendiquent le contrôle de leurs lieux de culte et annoncent leur volonté de conduire elles-mêmes les offices religieux sous l’autorité de catéchistes et pasteurs locaux.
Ce mouvement donne naissance à une organisation religieuse autonome connue sous le nom de Mission protestante indigène Ngumba, future Église Protestante Africaine (EPA).
Cette initiative constitue l’un des premiers exemples d’Église indépendante africaine au Cameroun. Contrairement à d’autres schismes religieux de l’époque, la séparation n’est pas motivée par des divergences théologiques majeures, mais par des revendications culturelles, linguistiques et identitaires.
Quatre figures majeures émergent alors :
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- Simon Njamba Ngalli ;
- Rodolphe Ngoua Boh ;
- Martin Bamba ;
- Abraham Nzié Nzouango.
Tous avaient été formés dans les écoles protestantes américaines avant d’être exclus par la MPA.
Leur objectif est clair :
bâtir une Église africaine capable de transmettre l’Évangile dans la langue du peuple et selon les réalités culturelles locales
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Cette rupture marque une étape importante dans l’histoire des résistances intellectuelles africaines face aux structures missionnaires occidentales.
Références
Achille Mbembe, La naissance du maquis dans le Sud-Cameroun, pp. 123-134.