Après leur rupture avec la Mission Presbytérienne Américaine, les Ngumba ne se limitent pas au domaine religieux. Ils lancent également un ambitieux projet éducatif visant à enseigner aux enfants en langue ngumba et en français.
En mai 1935, le chef supérieur Adolphe Minkoua sollicite officiellement auprès de l’administration coloniale l’autorisation de créer des écoles annexes dans les villages ngumba.
L’objectif est de permettre aux moniteurs locaux diplômés d’enseigner :
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- la langue française ;
- la langue auxiliaire ngumba ;
- les bases de l’instruction moderne.
Pour les promoteurs du projet, l’école doit devenir un instrument d’émancipation culturelle et administrative.
Avec l’appui de certains administrateurs coloniaux favorables à cette initiative, plusieurs établissements voient rapidement le jour à :
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- Makouré ;
- Ndoua ;
- Petit-Zambé ;
- Grand-Zambé ;
- Bipindi.
Les enseignants travaillent souvent sans salaire et utilisent leurs plantations pour nourrir les élèves.
Le projet connaît un succès rapide. Les écoles ngumba attirent de nombreux enfants et concurrencent progressivement les établissements officiels français ainsi que les structures missionnaires américaines.
Mais cette autonomie éducative inquiète bientôt l’administration coloniale.
En 1936, les autorités accusent ces écoles de nourrir un « levain révolutionnaire » et dénoncent l’émergence d’un système éducatif échappant au contrôle direct de l’État colonial.
Le 21 août 1936, le gouverneur Repiquet ordonne finalement la fermeture des écoles ngumba.
Malgré cette répression, l’expérience laisse une trace durable dans l’histoire intellectuelle du Sud-Cameroun. Elle démontre la capacité des communautés africaines à concevoir leurs propres institutions éducatives adaptées à leurs langues et à leurs réalités culturelles.
Références
Achille Mbembe, La naissance du maquis dans le Sud-Cameroun, pp. 123-134.