Dans le même temps, les Kwasio-Ngumba doivent également faire face aux offensives des groupes Bulu et Ntumu. Ces conflits régionaux, qui s’intensifient entre 1870 et 1890, entraînent leur recul dans certaines zones de la Mvila et du Ntem.
Les recherches historiques situent ces dynamiques migratoires dans un vaste contexte de recomposition des peuples forestiers d’Afrique centrale, marqué par des rivalités commerciales, des luttes territoriales et l’arrivée progressive des puissances coloniales européennes.
1889–1890 — Installation à Bidjouka et résistance de NTUNGA NZIU
Vers 1889-1890, le chef NTUNGA NZIU — également orthographié Ntounga Nzhiou — devient l’une des figures majeures de la résistance à la pénétration allemande dans le Sud-Cameroun.
À cette période, les expéditions allemandes dirigées par le lieutenant puis capitaine Curt von Morgen progressent depuis la côte de Kribi vers l’intérieur des terres afin de consolider l’occupation coloniale. Les récits historiques rapportent qu’en juin 1890, NTUNGA NZIU affronte les troupes allemandes lors de plusieurs confrontations autour de Bipindi et de la vallée de la Lokoundjé.
Le 14 juin 1890 constitue une date importante : les archives liées aux récits de voyage de Curt von Morgen mentionnent une rencontre directe entre l’explorateur allemand et le chef NTUNGA NZIU, alors âgé d’environ 22 ans selon les estimations allemandes.
Face à la supériorité militaire allemande, NTUNGA NZIU adopte ensuite une stratégie politique plus pragmatique. Après la résistance initiale, il négocie la stabilisation de son peuple et organise son établissement sur la rive droite de la Lokoundjé, dans la région de Bidjouka, sur l’axe Kribi–Lolodorf.
Cette implantation possède une importance stratégique majeure. Elle permet aux Ngumba :
de sécuriser un nouveau territoire ;
de contrôler une portion essentielle de la route commerciale reliant Kribi à l’intérieur du Cameroun ;
et de consolider leur présence après le recul des populations Bakoko occupant certaines zones de la région.
Les relations avec l’administration allemande semblent ensuite évoluer progressivement. Selon les sources historiques reprises dans plusieurs travaux contemporains, la situation se serait suffisamment stabilisée pour permettre, en 1894, l’entrée pacifique du capitaine allemand Hans Dominik dans le village de NTUNGA NZIU.
Cette séquence historique illustre à la fois les capacités de résistance militaire, d’adaptation politique et de recomposition territoriale des sociétés forestières du Sud-Cameroun à la veille de la colonisation complète du Kamerun allemand.
Dates associées
1870–1890 : guerres et pressions des Bulu et Ntumu contre les Kwasio-Ngumba.
Fin du XIXᵉ siècle : déplacements progressifs vers Bipindi et la vallée de la Lokoundjé.
Septembre 1889 : arrivée de Curt von Morgen au Kamerun allemand.
1889–1891 : grandes expéditions de Curt von Morgen dans l’arrière-pays camerounais.
8 juin 1890 : présence attestée de Curt von Morgen à Bipindi.
14 juin 1890 : confrontation et négociations autour de NTUNGA NZIU dans la vallée de la Lokoundjé.
1894 : entrée pacifique de Hans Dominik dans le village de NTUNGA NZIU.
Références
Mbvumbo.org
University Journal of Sociology (2023)
Persée – A travers le Cameroun du Sud au Nord
L’Harmattan – A travers le Cameroun du Sud au Nord
University Journal of Sociology (2023)
Hans Dominik (Kamerun)