Entre le XVIᵉ et le XVIIᵉ siècle, plusieurs groupes bantous apparentés au continuum Kwasio-A80 poursuivent leur progression vers les grandes forêts denses du Sud-Cameroun. Cette phase migratoire marque une transformation majeure dans l’histoire des populations forestières de l’hinterland côtier camerounais. Les migrations conduisent progressivement à l’occupation des espaces compris entre Kribi, Lolodorf, le Nyong et les zones forestières proches du Ntem.
Cette entrée dans la forêt dense s’accompagne de relations durables avec les peuples pygmées déjà présents dans ces territoires. Les recherches anthropologiques sur les populations forestières d’Afrique centrale montrent que les groupes bantous migrants ont développé des systèmes complexes d’échanges économiques, sociaux et rituels avec les communautés pygmées. Ces alliances reposaient notamment sur la chasse, les savoirs de la forêt, les échanges de produits forestiers et l’assistance mutuelle dans les environnements équatoriaux.
Dans les traditions historiques et linguistiques relatives aux groupes Kwasio et Ngoumba/Mbvumbo, cette période correspond également à une phase de structuration interne progressive des communautés forestières qui donneront naissance à plusieurs sous-groupes régionaux.
Début XVIIᵉ siècle — Formation des Ngoumba (Mbvumbo)
Au début du XVIIᵉ siècle, les Ngoumba — également appelés Mbvumbo ou Ngumba — émergent comme une branche distincte du grand ensemble Kwasio, appartenant au groupe linguistique bantu A80-A81. Cette structuration s’effectue dans les zones forestières du Sud-Cameroun, autour de Lolodorf, Kribi et des espaces forestiers environnants.
Les sources ethnolinguistiques indiquent que les Mbvumbo conservent une forte continuité culturelle et linguistique avec les autres groupes Kwasio, tout en développant leurs propres organisations claniques et territoriales. Le terme Mbvumbo est lui-même associé à une ancienne implantation prospère fondée dans la région de la Mvila.
Cette période correspond à une consolidation des identités forestières dans le Sud-Cameroun précolonial, marquée par :
l’organisation des clans ;
la maîtrise des espaces forestiers ;
les alliances intercommunautaires ;
le développement de savoirs liés à la chasse, à la pharmacopée et à la circulation en forêt dense.
Datation grégorienne estimative
Grande migration forestière : environ 1500–1650
Formation des Ngoumba/Mbvumbo : environ 1600–1650
Références
Mbvumbo.org
FAO – Peuples forestiers d’Afrique centrale : les pygmées
Persée – Les Pygmées de la forêt de Mill
Wikipédia – Ngoumba (peuple)