Jean-Max Bind Timbi, Président du Comité technique d’organisation desdites journées, a rencontré la presse à Yaoundé, le 18 décembre 2025.
Le rendez-vous promet des étincelles en termes de déploiement artistique, culturel et de voyage-retour vers l’authenticité.
Une communauté dispersée
Il s’agit d’une communauté éparpillée dans au moins trois arrondissements. L’enclavement continue de les tenir distants, les uns vraiment détachés des autres.
« Mintur mi Nlar Mbvumbo » intervient donc pour lancer une sorte de pont aérien destiné à desservir les localités Mbvumbo et à les abreuver en savoirs immatériels.
Des festivités patrimoniales stratégiques
Les Journées culturelles représentent des festivités patrimoniales. Elles constituent un outil stratégique de :
-
- Survie de la culture séculaire
- Développement du Mbvumbo comme Homme
- Réactivation de la mémoire collective
- Construction d’une conscience communautaire stable
- Transmission intergénérationnelle
Les personnes du troisième âge sont attendues à Lolodorf. Elles viennent dans le but de restituer un peu de leur science aux plus jeunes. C’est un cadre de reconnaissance des savoirs.
Les jeunes en question vont apprendre un peu plus au sujet de leur identité, au moyen de :
-
- La connaissance de la langue
- L’oralité
- Les rites
- La solidarité communautaire
- Une telle approche est de nature à réduire la rupture intergénérationnelle et prévient l’aliénation culturelle.
Impact économique
Sur le plan économique, ces journées créent une chaîne de valeur locale avec :
-
- L’artisanat
- La gastronomie
- L’agriculture
- Le tourisme culturel
- L’économie événementielle
- La culture devient alors un levier mesurable de croissance, de cohésion sociale et de projection collective vers l’avenir.
La portée nationale des Mbvumbo-Ngoumba
Les Journées culturelles mbvumbo sont également un rendez-vous national. Le Cameroun doit au peuple en question quelques-uns de ses fils illustres :
Personnalités Mbvumbo
-
- Jean Bikanda : Commissaire général à l’Information à l’amorce des indépendances
- Emmanuel Nguiamba Nloutsiri : Directeur général à CAMTEL
- Charles Ndongo : Directeur général de la CRTV (mbvumbo par la mère)
- David Minkoussè et Philippe Nouanga : Directeurs généraux du Labogénie
- Magloire Nguiamba : Gouverneur
- Samuel Minkio Bamba : Père de la musique de l’hymne national
- Anne-Marie Nziè : Chanteuse de premier choix
- Mbvoum Mayoh : Lion indomptable
« Nlar Mbvumbo » - L’association
L’Association culturelle et traditionnelle a une existence juridique depuis quelques années. Elle a le mérite d’être connue et acceptée dans les villages concernés.
Des volontaires font l’effort de l’animer avec des bouts de ficelle. Des dignitaires traditionnels y prêtent déjà l’oreille et même une main forte. Les élites politiques et administratives font également montre d’un intérêt parfois distant.
Les « Festivités de l’Alliance du peuple mbvumbo ou ngoumba » représentent un début de solution à la démarche de maturation souhaitée.
« Mintur » - Le mouvement financier
Le mot fait partie des termes de baptême de l’événement de Lolodorf. Le « Mintur » est un mouvement financier mbvumbo. Il aligne déjà au moins un quart de siècle.
Caractéristiques du Mintur
-
- Membres recrutés à Yaoundé, Douala, Kribi, Lolodorf, Garoua
- Diaspora en France, Gabon et États-Unis
- Flux financier mensuel : plus de 10 millions de FCFA
- Participation de Mbvumbo, Fang, Bassa et Bulu
- Rencontres : dernier ou premier vendredi du mois
Origine du terme
Le terme « Mintur » est un nom au pluriel. Le verbe qui en exprime l’action est « turè », notamment festoyer dans une ambiance de clair de lune autour du feu de bois avec la reprise des contes patrimoniaux.
Pères fondateurs
- Christophe Minkoua
- Patrice Albert Nlongbvouo
- Actuellement présidé par Luc Marie Bibiang.
Ambition
Le basculement en une micro-finance est l’une des attentes majeures du moment. Les rencontres mensuelles ont installé une culture financière, une tradition du remboursement, une incitation aux emprunts et des clauses de reddition des comptes.
EPA comme action de grâce culturelle
Les Journées mbvumbo n’interviennent pas dans un désert culturel. Elles s’adossent à un socle vivant et déjà structuré.
L’Église protestante africaine (EPA), depuis 1934, a été un conservatoire efficace de :
-
- La langue
- Les chants
- Les rythmes
- Les codes sociaux
- L’éthique communautaire mbvumbo
- Les cantiques, la liturgie contextualisée, l’oralité biblique traduite et appropriée ont permis de préserver un capital culturel que d’autres espaces ont vu s’éroder.
La fausse querelle Mbvumbo pour Ngoumba
Les Camerounais appellent les Mbvumbo par le terme Ngoumba. Il est d’origine bassa, issu de Ngoumbè. Les intéressés, eux, revendiquent l’ethnonyme Mbvumbo et récusent l’appellation Ngoumba.
Une question de communication
Cette revendication est légitime sur le plan identitaire. Mais elle se heurte à une difficulté majeure : elle se déploie dans un espace communicationnel quasi fermé. Ses tenants ne parlent qu’à eux-mêmes.
La finalité première d’une langue n’est pas l’authenticité. C’est la transmission de l’information. L’authenticité vient ensuite, comme valeur ajoutée.
Exemples historiques
L’histoire universelle abonde en exemples éclairants :
Cameroun : d’origine portugaise, signifie "crevette"
France : d’origine germanique, issu des Francs
Ces dénominations exogènes sont devenues des signes stabilisés, porteurs d’une identité assumée et partagée.
Solution proposée
La solution la plus rationnelle consiste à superposer les appellations :
Ngoumba (Mbvumbo) dans un premier temps
Puis Mbvumbo (Ngoumba)
Jusqu’à ce que le terme endogène s’insère naturellement dans les usages courants
Le mot qui gagne n’est pas celui qui est le plus pur. Il est surtout celui qui convainc, circule et agit.
La reconnaissance identitaire ne se conquiert pas par le retrait. Elle s’opère plutôt par la pénétration des usages dominants.
Par Télesphore Mba Bizo