L’histoire des Kwasio est indissociable des migrations qui ont transformé l’Afrique centrale pendant plusieurs siècles. Depuis leur ancien habitat situé entre les fleuves Mambéré et Sangha jusqu’aux régions côtières du Cameroun, du Gabon et de la Guinée équatoriale, les peuples kwasio ont connu guerres, alliances, déplacements forcés et résistances face aux puissances esclavagistes et coloniales.
Ces migrations ont profondément façonné leur identité actuelle.
Le départ du noyau originel mfang
Selon les recherches historiques récentes, les ancêtres des Kwasio faisaient partie d’un ensemble plus vaste appelé Mfang. Leur territoire ancien se situait dans les zones forestières proches des fleuves Sangha et Mambéré.
Plusieurs facteurs auraient provoqué leur dispersion :
- les invasions des Gbaya ;
- les conflits régionaux ;
- la traite esclavagiste ;
- les attaques de groupes armés remontant les fleuves Ngoko et Sangha.
Pris entre plusieurs pressions militaires et économiques, les Mfang furent contraints de quitter progressivement leur habitat ancestral.
La migration vers Kribi, Bipindi et Lolodorf
Une première grande vague migratoire, conduite par l’ancêtre Biguio Nguiamba, pénètre dans la forêt par Abong-Mbang avant de rejoindre progressivement les régions de Kribi, Bipindi, Lolodorf, Ebolowa et du Ntem vers le XVIIe siècle.
Durant cette traversée, les Bagyèli jouent un rôle essentiel de guides et d’alliés.
Cette migration aboutit à l’installation durable de plusieurs clans mbvumbo dans le Sud-Cameroun actuel. Les nouveaux arrivants développent ensuite des relations étroites avec les Beti, Batanga et Bakoko.
La migration par Yokadouma et les alliances avec les Fang
Une autre branche des Mfang emprunte un itinéraire passant par Yokadouma avant de longer la Sangha et la Ngoko vers le Gabon, le Congo et la Guinée équatoriale.
Cette migration entraîne un rapprochement important avec les Fang, avec lesquels les Kwasio nouent des alliances militaires et politiques.
Au XVIIe siècle, les deux peuples combattent ensemble contre des groupes esclavagistes contrôlant certaines routes commerciales du Gabon. Cette coopération marque durablement les relations entre Kwasio et Fang.
Les déplacements provoqués par les Bulu
Au XIXe siècle, de nouveaux bouleversements apparaissent avec l’expansion des groupes Bulu attirés par le commerce côtier autour de Kribi.
Les Kwasio et les Fang-Okak installés dans le Dja-et-Lobo et la Mvila sont alors poussés vers d’autres régions. Plusieurs groupes se réfugient à Bipindi et Lolodorf, notamment sur la rive gauche de la Lokoundjé.
Chez les Mbvumbo, ces migrants sont appelés « Pfiéburi ».
D’autres groupes poursuivent leur migration vers Kribi ou la Guinée équatoriale entre 1860 et 1910.
Les traumatismes de la colonisation
L’époque coloniale constitue l’une des périodes les plus douloureuses de l’histoire kwasio.
Entre 1892 et 1916, les autorités coloniales allemandes mènent de violentes répressions contre les Mabi. De nombreuses populations sont déportées vers le Sud-Ouest camerounais pour servir dans les concessions coloniales.
Aujourd’hui encore, certains descendants vivent dans les régions de Muyuka, Yokè et Munyenguè.
Au Gabon, les Makina subissent également une forte répression coloniale française. Après les affrontements du début du XXe siècle, leur population s’effondre brutalement et leur territoire est considérablement réduit.
Une histoire de résilience
Malgré les invasions, les déplacements forcés et les tentatives d’assimilation, les Kwasio ont conservé une partie importante de leur identité culturelle, linguistique et historique.
Leur histoire témoigne de la capacité des peuples d’Afrique centrale à survivre aux bouleversements politiques, économiques et coloniaux tout en maintenant des liens communautaires forts.
Aujourd’hui, la valorisation des archives, des traditions orales et des patrimoines culturels apparaît essentielle pour transmettre cette mémoire aux générations futures et renforcer la cohésion entre les différents peuples issus de cette histoire commune.
Source : Histoire, origines et migrations Kwasio (Bantu A81) : état des lieux de la recherche historique, Dr Alphonse Kisito Bouh Ma Sitna, Leçon inaugurale des premières journées culturelles de l’association Nlar Mbvumbo