Les Kwasio, classés dans le groupe linguistique bantu A81, constituent l’un des peuples les plus anciens et les plus étudiés de l’espace forestier d’Afrique centrale. Présents principalement au Cameroun, au Gabon et en Guinée équatoriale, ils regroupent plusieurs communautés parmi lesquelles les Mbvumbo, Mabi, Bisio et Makina.
Longtemps fragmentée entre traditions orales, archives coloniales et recherches académiques, leur histoire connaît aujourd’hui un regain d’intérêt grâce aux travaux d’historiens, linguistes et anthropologues africains. Les recherches récentes permettent désormais de mieux comprendre leurs origines, leur identité ethnique et leur place dans les dynamiques historiques régionales.
Un peuple doté d’une mémoire historique ancienne
Les Kwasio disposent d’un patrimoine documentaire exceptionnel. Dès le début du XXe siècle, leurs chefs traditionnels et intellectuels entreprennent de préserver leur mémoire collective à travers des manuscrits historiques, des généalogies et des récits de migrations.
Parmi les documents les plus célèbres figure "Histoire des N’gumba et Mabéa de la subdivision de Kribi", rédigé en 1904. Quelques années plus tard, Abraham Massaga Mamia produit le "Zimbi Nlari", un texte en ancien kwasio retraçant les migrations du clan Limanzuang sur vingt-et-une générations.
Cette tradition écrite est rare dans l’histoire de nombreuses sociétés africaines et témoigne d’une volonté ancienne de transmission culturelle et historique.
Une identité distincte en Afrique centrale
Pendant longtemps, plusieurs hypothèses ont tenté de rattacher les Kwasio à d’autres ensembles ethniques voisins. Cependant, les recherches linguistiques, anthropologiques et ethnologiques convergent désormais vers une conclusion claire : les Kwasio constituent un groupe distinct.
Selon les travaux présentés dans l’état des lieux de la recherche historique, ils appartiennent à un ensemble appelé « Mfang », aux côtés des So, Maka, Ko’onzimé, Kunabemb, Mbimu, Bumali et Bethen.
Les chercheurs soulignent que les Kwasio ne sont ni une branche des Bagyèli ni une composante des Fang-Bulu-Beti, même si des alliances et métissages anciens ont créé des proximités culturelles avec plusieurs peuples voisins.
Le berceau originel des Mfang-Kwasio
Les recherches historiques situent le dernier habitat commun des Mfang dans les régions comprises entre les fleuves Mambéré et Sangha, à la frontière entre la savane et la forêt équatoriale.
Cet espace aurait constitué le noyau ancien des populations mfang avant leur dispersion progressive à travers l’Afrique centrale. Les migrations auraient été provoquées par plusieurs facteurs :
- les invasions de peuples voisins ;
- les guerres régionales ;
- la pression des réseaux esclavagistes ;
- les bouleversements commerciaux et politiques.
Ces déplacements ont profondément marqué l’histoire et la structuration des clans kwasio.
Une culture façonnée par les alliances et les migrations
Au fil des siècles, les Kwasio ont développé des relations étroites avec plusieurs peuples d’Afrique centrale. Les Bagyèli auraient notamment joué un rôle de guides lors de certaines migrations forestières. Des alliances furent également nouées avec les Beti, les Batanga, les Bakoko et les Fang.
Ces interactions ont favorisé des échanges linguistiques, culturels et commerciaux importants, tout en maintenant une identité kwasio propre.
Chez les Mbvumbo, plusieurs grands clans sont associés aux anciennes migrations, notamment :
Bigbali ;
Nti ;
Sabali ;
Sagubé ;
Samal ;
Sanguala ;
Sanguo.
Une histoire encore partiellement méconnue
Malgré l’abondance des sources historiques, une grande partie des archives kwasio reste dispersée dans des chefferies, des collections privées ou des centres d’archives au Cameroun et en Europe.
Les chercheurs insistent aujourd’hui sur l’urgence de préserver ce patrimoine historique, notamment à travers :
- la création de médiathèques ;
- la numérisation des archives ;
- la valorisation des traditions orales ;
- l’organisation de festivals culturels ;
- le développement de programmes de recherche spécialisés.
Au-delà de la mémoire communautaire, l’histoire des Kwasio constitue un élément important de l’histoire générale de l’Afrique centrale et des migrations bantu.
Source : Histoire, origines et migrations Kwasio (Bantu A81) : état des lieux de la recherche historique, Dr Alphonse Kisito Bouh Ma Sitna, Leçon inaugurale des premières journées culturelles de l’association Nlar Mbvumbo