Il est dit que la sorcellerie est une réalité mystique qui vivait dans nos forêts et s’alimentait de la chair et du sang des animaux. Après son repas, elle laissait joncher des carcasses.
Un jour, une femme qui n’avait plus de quoi manger trouva ces carcasses d’animaux et les fit préparer à sa famille. Chaque fois elle le faisait.
Un jour, la sorcellerie la trouva en train de ramasser une fois de plus les carcasses d’animaux qu’elle avait laissées. Elle posa la question à la femme : pourquoi ramassait-elle ces carcasses ?
Elle lui répondit qu’elle n’avait rien à manger pour elle et sa famille, cela leur servait de repas.
La sorcellerie lui proposa alors un marché : elle rentre avec la sorcellerie au village et celle-ci lui procurera de la bonne viande fraîche. Ce qui fut fait.
La sorcellerie s’installa dans le ventre de la femme sous forme de crabe (dah) et elles rentrèrent au village.
Recherches et témoignages
J’ai interrogé le patriarche Guga René des Mabi, qui était l’un de leurs plus grands ritualistes entre 2001 et 2003, en utilisant une méthode itérative. J’ai également interrogé d’autres personnes qui sont encore en vie et dont je préfère taire les noms.
L’une d’elles possède le crâne d’un ancien chef Mabi du temps des Allemands, né en période précoloniale. Un Pr de regrettée mémoire a mené des recherches à Campo et j’étais présent quand il avait relaté ses enquêtes.
Le fondement réel de la sorcellerie
Le fondement réel de la sorcellerie n’est ni le gimbo (cette sorte d’animal en chair sous forme de crabe qui réside dans l’estomac), ni le Ngwel (les voyages astraux et réunions de buveurs de sang humain).
La base de la sorcellerie est le bang ou la parole. C’est elle qui prononce le sort qui doit être réalisé sous certaines conditions.
Les conditions de la sorcellerie
Condition 1 : Avoir un esprit fort
Il existe des méthodes pour y parvenir que je ne vais pas exposer ici. Le fait de voir le Ngwel ou d’y participer est la preuve que votre esprit est fort. Seuls les esprits forts peuvent permettre à une parole de se réaliser.
Condition 2 : Cadrer la personne à atteindre
Il faut connaître son nom complet et disposer des éléments qui le caractérisent : les cheveux, les ongles, les poils, son image (photo) et son odeur. De préférence un sous-vêtement.
Condition 3 : Connaissance de l’astrologie et des plantes
Le sort ne se prononce pas n’importe quand ni n’importe comment. En attachant les éléments qui identifient la victime (bán), le bourreau les enfouit dans le sol, le plus souvent dans le tronc d’un arbre, sans blesser son écorce. Parfois il utilise une chaîne et un cadenas s’il ne fait pas confiance à sa ficelle.
Condition 4 : Obtenir le prétexte
Il faut qu’il trouve le prétexte pour attaquer sa victime. Généralement, il la provoque afin d’exploiter sa réaction violente ou ses mots prononcés par colère.
C’est pour cela qu’on demande aux gens d’avoir la maîtrise de soi au village. Le bourreau peut aussi exploiter un acte peccamineux commis par la victime contre lui ou la méconnaissance du code moral traditionnel.
Dans le nôtre, manger du serpent, de l’antilope, de la caille et du lémurien (dzindoeur) sans être initié ou chef de famille est passible de la peine de mort.
Comprendre pour se protéger
Je dis ici ce qui peut aider à se mettre à l’abri de la sorcellerie en expliquant son mécanisme principal. Je ne veux pas fabriquer des sorciers. Déjà que moi-même je ne le suis pas.
Cette connaissance vise la protection et la compréhension d’une réalité qui a marqué et marque encore profondément la société Mbvumbo.