Un adage fondamental : "Peuple sans culture, est un peuple sans âme"
Dans la société Mbvumbo d’antan, la ritualisation était au cœur de toutes leurs activités, autant libérales que vitales. Parmi ces rites, nous allons utilement nous pencher sur le rite du mvula matēl.
Qu’est-ce que le Mvula Matēl ?
Mvula matēl signifie, étymologiquement, "enlever la salive".
Tout parent, à quelque niveau que ce soit (père, grand-père, arrière-grand-père...), a le devoir de faire ce rite au moins une fois dans sa vie sur sa progéniture avant de quitter ce monde.
Les objectifs du rite
Ce rite a pour but de manifester la prospérité au sein de sa famille. C’est également un rite de protection qui vise à :
- Briser toutes les barrières et attaques mystiques internes et externes à la famille
- Laver les fautes commises par un ou des membres de famille envers les parents ou des tiers dans la famille
Le déroulement du rite
Organisation
Ce rite est organisé par le parent le plus âgé de la famille. Si c’est un homme, il sera accompagné de sa femme.
Le rite du mvula matēl est la manifestation de la puissance de la parole ou pfim bibang.
Moment du rituel
Il se passe au grand matin (mpfudan maná) aux environs de 5h.
Éléments constitutifs du rituel
- Le patriarche ou la matriarche (mbvimbviir) : la personne qui prononcera les paroles de bénédiction (mintuo mintuo māmā) et de protection. Ces paroles sont dites à jeun (keūg maná) sans pensées négatives.
- L’eau de ruisseau claire (Madzio ma shum)
- La salive (matēl) : l’élément qui contient le substrat mystique énergique qui doit briser les barrières du mal
- La cendre (bipfimbi)
- Le charbon (magiā) : représente le feu avec la cendre
- Des fruits ou herbes spécifiques aux rituels : ont un rôle que les initiés du village pourront donner à ceux qui aimeraient procéder à ce rituel pour la famille
La mise en œuvre
Principe fondamental
Le succès de ce rite part du principe selon lequel : la respectabilité sociale est consécutive à la rectitude morale. Et aussi à l’apport constructif de celui qui veut "voul matel".
Mérite-t-il d’être fait porteur de bénédictions pour une famille ? En fait, c’est bien cela la symbolique.
Le processus
Le patriarche parle sur le charbon, crache dessus et détruit tout échec, blocage et mauvaises choses. Puis à chacun, il donne une bénédiction spéciale avec une mission particulière.
Tous les enfants ne reçoivent pas la même chose.
Les variantes d’application
Variante 1 : La salive est crachée dans l’eau à laquelle se trouvent des fruits et feuilles spécifiques plus cendre et le charbon. Les enfants doivent se laver avec cette eau.
Variante 2 : C’est la salive crachée directement sur le mélange de la cendre et du charbon qui sera frotté sur la main et le front de chaque personne, accompagné des paroles incantatoires.
Cas particulier : les deux parents vivants
Le rite s’accompagne de plusieurs variantes entre la pratique pure de départ et sa dilution dans le temps.
En réalité, lorsque les deux parents (père et mère) d’une famille sont encore vivants, le rite sera exécuté par l’homme, mais c’est la femme qui prononce les toutes premières paroles incantatoires.
Questions en suspens
- Peut-on "voul matel" plus d’une fois ?
- Un receveur de bénédictions peut-il recevoir plusieurs fois le "matel" ?
Signification profonde
Le rite du Mvula Matēl illustre :
- La puissance de la parole dans la tradition Mbvumbo
- Le rôle central des anciens comme médiateurs spirituels
- L’importance de la rectitude morale pour transmettre les bénédictions
- La protection spirituelle familiale comme priorité
- La transmission intergénérationnelle des responsabilités et missions