Le rite reliquaire ancestral chez les Ngumba s’appelle byer ou byeri. [1]
Fonction du rite
selon Pierre Alexandre et Jacques Binet
Dans Le groupe dit Pahouin (Fang, Boulou, Béti), PUF, 1958, p. 120-135, Alexandre et Binet classent les Ngumba parmi les groupes “pahouinisés” du Sud-Cameroun. Ils expliquent :
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- L’eyeng (byeri) est un culte des reliques ancestrales. On conserve les os des ancêtres importants dans un panier ou une boîte en écorce, appelée nsek.
- Le gardien du reliquaire est le chef de lignage aîné. Il est le seul à pouvoir manipuler les os lors des cérémonies. C’est lui qui “parle aux ancêtres”.
- But du rite : protéger le lignage, demander la fécondité, la santé, la victoire à la chasse, et régler les conflits internes. Les ancêtres sont perçus comme des médiateurs entre les vivants et le monde invisible.
- Statuaire : le reliquaire est surmonté d’une figure en bois, l’eyema byeri. C’est une sculpture masculine ou féminine stylisée, avec les mains ramenées sur le ventre tenant souvent une corne contenant des substances magiques. 7026
Alexandre souligne que chez les Ngumba, ce culte a été renforcé par le contact avec les Fang et les Bulu au XIXe siècle, tout en conservant des spécificités locales.
Description détaillée
par Louis Perrois
Louis Perrois, dans Art of Equatorial Guinea : The Fang Tribes, 1991, et dans le catalogue d’exposition Byéri Fang, sculptures d’ancêtres en Afrique, RMN 1992, consacre plusieurs pages aux Ngumba :
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- La figure de reliquaire Ngumba : Perrois décrit les statues Ngumba comme plus trapues que les Fang du Gabon, avec un visage rectangulaire, une bouche rectiligne, une barbe monoxyle, et un nombril cylindrique proéminent. La coiffure et les scarifications thoraciques sont distinctives.
- Usage : La statue n’est pas un objet d’art décoratif. Elle est fixée sur le panier de reliques et n’est sortie que lors des cérémonies nocturnes. Le gardien l’anime en lui parlant, en l’oignant d’huile et en lui offrant des libations.
- Contexte historique : Perrois cite une photo de 1899 prise par le missionnaire M. Henry Kerr à Lolodorf, montrant deux “idoles” et un jeune homme Ngumba. C’est l’une des premières documentations visuelles du rite.
- Évolution : Avec l’arrivée des missions protestantes et catholiques dans les années 1920-1930, le rite a été publiquement interdit. Perrois note que dans les années 1980, il subsistait de manière clandestine, surtout pour les funérailles des anciens.
- Statuaire : style plus massif, proportions plus courtes, scarifications. Chez les Ngumba, le gardien du reliquaire est également le juge du lignage. Pas de séparation entre religieux et politique.
Références
1. Pierre Alexandre et Jacques Binet, Le groupe dit Pahouin (Fang, Boulou, Béti), Paris, PUF, 1958.
→ Chap. IV “Les cultes des ancêtres”, p. 120-135. C’est la référence ethnologique de base. Réédition fac-similé 2005.
2. Louis Perrois, Art of Equatorial Guinea : The Fang Tribes, Barcelona, Poligrafa, 1991, p. 89-95.
→ Analyse stylistique et rituelle des statues Ngumba.
3. Louis Perrois, Byéri Fang, sculptures d’ancêtres en Afrique, Réunion des Musées Nationaux, Paris, 1992. → Catalogue d’exposition avec photos et notices sur des pièces Ngumba.
4. Louis Perrois, dans Yves Le Fur dir., Arts d’Afrique, Musée du quai Branly, 2018, p. 66. → Résume la parenté artistique Ngumba-Fang et le rôle du gardien de reliquaire.
5. Christie’s, “A NOTE ABOUT A MONUMENTAL OLD FANG NGUMBA OF SOUTHERN CAMEROON” by Louis Perrois, 2021. → Article en ligne qui revient sur la photo Kerr 1899 et l’identification Ngumba. 702600a5